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Une histoire vraie…
De temps en temps certains d’entre vous se lancent et racontent l’origine de leur passion Simca Facel…nous permettant de nous identifier de près ou de loin à la tribu des SFM. Merci à eux. Aujourd’hui c’est Claude Clavelle qui raconte.

vendredi 20 novembre 2020, par Philippe


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Quand je serai grand, je voudrai la même pareille ! C’est en ces termes qu’à l’age de 8 ans et demie je me suis adressé à mon père.
Mes choix en matière d’automobiles sont arrêtés !.

Nous sommes en 1957. Pour beaucoup le jeudi est consacré aux copains et à d’interminables parties de gendarmes et de voleurs . J’aime bien moi aussi mais irrésistiblement il faut que je passe au garage en quête de je ne sais quelles sensations ou bricolage de fortune . Eh puis pouvoir s’installer au volant de voitures différentes, observer les détails des instruments du tableau bord, toucher les sièges, tourner le volant, caresser le levier de vitesses, quelle fabuleuse évasion vers d’extraordinaires voyages imaginaires.
Le garage arbore sur la façade « Spécialiste SIMCA » et papa en est très fier !
Pourtant les voitures en réparation sont bien souvent de marques différentes : Renault Juvaquatre et 4 CV, Peugeot 202 et 203, Ford Vedettes et bien entendu Simca 5 , 6 et 8 , arondes et utilitaires. Ah les Arondes avec leur jolies couleurs de tableau de bord , c’est bien elles que je préfère
J’ais déjà remarqué la Ford Comète du Directeur de l’usine voisine et sa ligne me plait beaucoup mais c’est une grosse voiture et papa me dit que c’est le même moteur que la Vedette familiale. Il m’arrive de faire un large détour en sortant de l’école pour passer devant la villa de son propriétaire avec l’espoir de l’apercevoir .Elle est noire , c’est très chic et c’est vraiment une grosse voiture .

C’est dans ce contexte que je découvre pour la première fois une Simca Plein Ciel venue faire sa révision . Elle est grise avec le toit noir. A l’intérieur les sièges sont recouverts de velours gris beige . Derrière juste la place pour les bagages, il y a même qe quoi passer des sangles pour les arrimer ; c’est vraiment une voiture de course et puis elle monte à 160 ! Le volant et le compteur me fascinent ; son pare-brise aussi plein d’originalité mais surtout quelle luminosité intérieure ! Son nom vient sûrement de là : Plein Ciel, c’est inscrit sur l’aile. Et puis sa calandre et ses longues ailes qui ressemblent à celles d’une Versailles. Et surtout elle n’a que deux portes comme les voitures de sport ; les vraies. J’ai eu l’occasion d’en voir des voitures de sport , surtout à Angoulême ou papa nous emmène chaque année , elles ont les vitesse au plancher alors que la Plein ciel les a au volant. Papa me dit que c’est plus moderne. Moi j’aurai préféré au plancher !.
J’aimerai qu’elle soit vraiment en panne pour l’admirer encore le lendemain mais le soir même elle repart . Son propriétaire en est très fier quand à moi, je suis définitivement séduit et c’est sur, quand je serai grand j’aurai la même pareille.
Désormais pour moi tout change ! Ma passion pour l’automobile est bien ancrée et je passe désormais mon temps libre au bord de la nationale à épier les voitures qui passent pour revoir peut-être une Plein-Ciel. Depuis j’ai appris que la même existe aussi en décapotable et commence alors le début d’une longue période d’observations avides .
A 10 ans ( en 1958 ) alors que mes copains jouent avec les Norev et autres Dinky toy j’ai réussi à décider papa à acheter ce qui est ma première auto : Une Citroën 5 cv Trèfle .
Elle n’est pas roulante mais que de fabuleux voyages j’effectue à son volant au fond du garage. Je découvre alors que les vieilles autos ont une âme et me prend d’intérêt pour les Cyclecars en particulier Salmson et Amilcar pour lesquels papa conserve une admiration pour en avoir entretenus avant guerre.

Bien sûr je me console avec mon Océane Norev rouge et mes plein ciel « Bonux » à différentes échelles mais un jouet reste un jouet.
Les années passent et je m’intéresse de plus en plus aux belles autos, j’entends celles qui n’ont que deux portes. Papa vient de remplacer une seconde Versailles par une Chambord et il dit que c’est une belle auto. Il a sans doute raison mais moi je préfère quand il n’y a que deux portes.
Des Plein Ciel et des Océanes, j’en ai vu plein depuis et le hasard a même voulu que notre plus proche voisin en achète une d’occasion . Une Plein Ciel Grand Carrossier vert criquet intérieur cuir noir, roues à rayons Robergel et cache culbuteur Record. Elle est magnifique et je l’observe sans cesse dans tous ses détails. Je vais même jusqu’à m’inviter lorsque celui-ci part à la pêche avec, histoire de faire un petit tour.
Des Plein Ciel et des Océanes, j’en observe beaucoup pendant l’été soit qui passent et mieux qui séjournent quelques jours dans notre région.

Ah l’Océane noire intérieur vert de cette « ancienne actrice » c’est ainsi que nous l’appelons et qui vient régulièrement passer quelques jours au Grand Hôtel. Quelle classe au volant foulard sur la tête et porte cigarette aux lèvres ; et celle turquoise d’un musicien de Jo Bouillon qui effectue des démarrages en trombe. Beaucoup plus sage le fils du notaire avec son coupé Plein Ciel 1960 blanc lacté intérieur rouge et l’Océane rouge de D. fils de garagiste lui aussi dans un bourg voisin. Je me souviens aussi d’une « gonflée » comme on dit en cours de préparation au garage Simca de Vierzon, d’une autre noire avec peu de kilomètres en vente au garage Simca de St. Junien, autant d’autos qui me permettent d’assouvir ma curiosité et d’affirmer mes connaissances des différents modèles.
Non elles ne sont pas si rares sur nos routes en ce début des années 60 pour qui sait vraiment observer mais sont bien entendu noyées dans le flot grossissant d’un univers automobile en pleine expansion.

1966 . 18 ans et le permis de conduire.

Je sais je vais l’avoir du premier coup ! Je me suis renseigné avec mes économies et mes premiers salaires je vais pouvoir acheter un Plein Ciel . J’en ai vu en annonces sur l’Argus.
Il y a bien les Facel Véga mais papa n’en a jamais réparée et il dit que ce sont des bêtes à chagrin. Et puis c’est trop chère pour moi.
A l’approche de l’examen fatidique, je presse papa pour rechercher un Plein Ciel mais, mais à voir sa réaction , il n’y a pas urgence.
Le permis en poche, je suis pourtant bien décidé à abandonner mon cyclo sport .
Je ne peut pas rester plus longtemps sans voiture, et j’ai économisé mes premiers salaires pour l’acheter.
Peu de temps après, puisque j’ai maintenant le permis de conduire, papa me propose de l’accompagner un dimanche matin à Limoges où il a acheté un petit lot de voitures d’occasion afin de les ramener à Souillac. Ces transactions se font traditionnellement le dimanche pour ne pas pénaliser l’activité en semaine. Mon premier grand trajet au volant 150 kms !
Nous partons donc comme cela se pratique fréquemment à cette époque accompagnés de deux amis de mon père pour rapatrier les trois véhicules.
En arrivant au garage SOCODA concessionnaire SIMCA à Limoges, le vendeur avec qui papa a des relations suivies nous attend, et après avoir réglé les formalités administratives, nous passons à l’arrière pour prendre livraison et là entre une PL 17 et une P 60 une OCEANE Grand Carrossier. J’ai tout de suite compris qu’elle était pour moi et me suis précipité autour, ouvrant portes,coffre, capot ( a tiens un Rush Super M avec un double corps Weber) inspectant la capote , les sièges . Un enfant au pied du sapin de Noël !
Lorsque j’y repense je suis toujours ému, ému également de n’avoir pas su à ce moment précis dire à mon père tout le bonheur qu’il me faisait.
Elle fait partie du lot et je n’en savais rien ! Ce n’est pas un Plein Ciel mais elle est décapotable et à 18 ans ça peut avoir son importance. Adoptée sans réserve …si une ; elle est bleu ciel de Capri . Je l’aurai préférée Rouge .
Le voyage retour reste pour moi un instant magique.
Je suis seul au volant pour la ( presque) première fois et dans la voiture dont je rêve depuis bientôt 10 ans .
Un étrange sentiment m’habite mêlé de bonheur, d’appréhension mais aussi l’impression que l’aboutissement d’un rêve me transporte dans un autre monde et que désormais je ne vais plus avoir de désir à assouvir. Le retour se passe sans encombre au rythme du petit convoi dans lequel je me garde de conserver ma place.
Au retour, maman qui tient les comptes me présente la facture : 1500 francs.
Presque trois mois de mon salaire à la banque mais je m’y attendais. Ne reste plus qu’à faire un virement.
Elle est belle mon Océane et elle est à moi .
Beaucoup de copains semblent jaloux. Ils sont en fac eux, et ne peuvent pas se payer une voiture contrairement à moi qui travaille déjà . Certains roulent bien en 2 CV ou en 203 mais rien de comparable.
Elle est belle mon Océane mais elle est Bleu Ciel ce Capri et elle serait bien mieux en rouge.
Qu’à cela ne tienne , un mois plus tard elle est repeinte Rouge Torche.
Papa ne l’aura immobilisée que le temps d’un long Week-end pour la changer de couleur.
Enfin mon rêve se réalise . Les virées avec les copains, les premières vacances en Espagne et l’insouciance qui caractérise cette époque . Et puis se garer les soirs d’été décapoté devant les terrasses des cafés ça fait son effet . Il y a aussi les passages répétés devant le camping au bord de la Dordogne juste pour frimer et qui sait …
Elle est belle mon Océane mais souvent je me fais doubler . J’ai pourtant un Rush Super M avec un double corps Weber mais les performances restent limitées. Même Richard avec son R8 roule plus vite que moi . Bon, c’est une Gordini mais elle n’a ni l’allure ni la classe d’ une voiture de sport. C’est pas normal qu’elle aille plus vite.
Je la vendrai bien pour acheter un Facel mais papa n’est pas d’accord.
Il n’en a jamais réparée et il me répète que ce sont des bêtes à chagrins.

J’ai pris de l’assurance au volant, il me faut une voiture plus rapide et plus virile.
Mon camarade Michel qui a deux ans de plus que moi roule maintenant en Facellia . Il en change sans arrêt. Il faut dire qu’il est maintenant ouvrier mécanicien et que pour arrondir ses fins de mois il fait un peu de commerce. Il roule depuis quelques temps avec un cabriolet Facellia FA bleu marine qui est très beau mais il est bleu marine et c’est une couleur de vieux ! il me propose de le garder en attendant que je vende mon Océane ce qui se fait en quelques jours avec la bénédiction de papa.
Me voici maintenant avec une vraie voiture de sport ; mais elle serait mieux en blanc.
Papa semble d’accord elle est donc repeinte dans les jours qui suivent et il me présente la facture (peinture diluant papier cache, feuilles de papier à poncer, rien est oublié ) mais sans main d’œuvre histoire de me faire comprendre que les caprices ont un coût.

J’ai eu la chance de débuter ma vie d’automobiliste au volant de ces autos que nous aimons tant.
Ma vie au volant des Simca Sport ne s’est pas pour autant arrêtée, là et vous je vous en dirai davantage un autre jour. *

Claude Clavelle.





Philippe



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